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Microsoft prend ses distances avec OpenAI : fin d’une lune de miel ou simple stratégie ?

Microsoft prend ses distances avec OpenAI : fin d’une lune de miel ou simple stratégie ?

Quand j’ai lu l’interview de Mustafa Suleyman dans le Financial Times cette semaine, j’ai d’abord souri. Puis j’ai repensé à l’histoire d’Internet Explorer dans les années 2000. Microsoft avait tué Netscape en intégrant son navigateur dans Windows, pour finir par le tuer lui-même une décennie plus tard. L’histoire ne se répète pas, mais elle rime souvent.

Voilà plus de 25 ans que j’évolue dans le digital. J’ai vu le passage du Minitel à Internet, l’explosion des dotcom, la naissance du cloud, l’émergence de l’IA. Et une constante s’impose : les géants technologiques américains ne partagent jamais le pouvoir longtemps. Ils achètent, intègrent, digèrent… puis remplacent.

L’annonce de Microsoft n’est pas un séisme. C’est la conclusion logique d’un partenariat qui n’en était jamais vraiment un.

Le partenariat Microsoft-OpenAI : une histoire d’amour avec date d’expiration

Revenons trois ans en arrière. En janvier 2023, Microsoft annonçait un investissement de 10 milliards de dollars dans OpenAI. Dans la foulée, ChatGPT était intégré dans Bing, puis dans toute la suite Microsoft 365 via Copilot. À l’époque, la presse parlait d’alliance stratégique, de vision partagée, de partenariat gagnant-gagnant.

Sauf qu’un détail m’avait frappé dès le départ : Microsoft détiendrait environ 49% de la structure à but lucratif d’OpenAI après ses investissements successifs, avec un accès garanti aux technologies… jusqu’en 2032. Dix ans, c’est une éternité dans la tech des années 80, mais aujourd’hui ? C’est à peine le temps de rentabiliser un investissement de cette ampleur.

Les chiffres sont éloquents : Microsoft investit 140 milliards de dollars d’ici juin 2026 dans son infrastructure IA. En parallèle, OpenAI brûle environ 400 millions de dollars par mois avec ChatGPT comme seul produit grand public viable. Les analystes soulignent les défis de rentabilité et la nécessité de nouvelles levées de fonds dans les 12-18 prochains mois.

Microsoft vs OpenAI : investissements et dépenses

Mon métier chez 410 Gone consiste à aider les e-commerçants à optimiser leurs infrastructures web. Une règle s’impose toujours : ne jamais dépendre d’un seul fournisseur pour une fonction critique. Microsoft l’a compris. Pas en 2026, mais probablement dès 2023.

MAI : Microsoft AI, ou comment reprendre le contrôle de la chaîne de valeur

L’arrivée des premiers modèles MAI (Microsoft AI) en 2026 n’est pas une surprise. C’est l’aboutissement d’une stratégie d’intégration verticale amorcée il y a plusieurs années.

Regardez la structure de l’investissement de Microsoft :
– Développement de la puce Maia 200 en interne pour réduire les coûts de calcul
– Infrastructure gigawatt pour alimenter les datacenters
– Équipes d’entraînement IA recrutées massivement (dont Mustafa Suleyman, ex-cofondateur de DeepMind)
– Diversification des partenariats : Claude d’Anthropic dans Microsoft 365 Copilot, hébergement des modèles xAI, Meta et Mistral sur Azure

Cette stratégie me rappelle celle d’Amazon avec AWS dans les années 2000. Au départ, AWS était juste l’infrastructure interne d’Amazon mise à disposition des développeurs. Aujourd’hui, c’est la cash machine du groupe, avec 62% des bénéfices opérationnels du groupe en 2024.

Microsoft reproduit exactement le même schéma : partir d’un besoin interne (équiper Copilot d’une IA performante), développer l’infrastructure (puces, datacenters, modèles), puis monétiser auprès de tiers via Azure.

OpenAI a créé le marché, Microsoft va le prendre

« OpenAI a créé le marché. Microsoft va le prendre. »

Sam Altman et son équipe ont fait un travail remarquable. ChatGPT a démocratisé l’IA générative en quelques mois. Selon les données de Similarweb, ChatGPT comptait environ 180-200 millions de visites mensuelles fin 2023. C’est du jamais vu pour un produit logiciel.

Trafic mensuel ChatGPT fin 2023

Mais : On quitte ChatGPT en deux clics. On ne quitte pas Windows, Office ou Azure aussi facilement.

J’ai vu cette même dynamique dans l’e-commerce : les startups innovent, créent de nouveaux usages, puis les géants intègrent les fonctionnalités et écrasent le marché. Leboncoin a tué les petites annonces papier. Vinted a tué Leboncoin sur la mode d’occasion. Demain, Shein ou Amazon intégreront la revente et tueront Vinted ? Le schéma est toujours le même.

OpenAI est dans cette position inconfortable : innovateur génial, mais sans barrière à l’entrée solide. Leur avantage concurrentiel repose essentiellement sur l’avance technologique… et cette avance fond à vue d’œil. Claude 4.6 d’Anthropic, Gemini de Google, Llama de Meta : tous ces modèles rivalisent désormais avec GPT  sur de nombreux benchmarks.

La question de la souveraineté : un angle mort du débat

Ce qui me frappe dans toute cette affaire, c’est l’absence totale de réflexion européenne sur le sujet.

Microsoft investit 140 milliards. Google, Meta, xAI, Amazon : tous investissent des dizaines de milliards dans l’IA. Et l’Europe ? On parle d’IA Act pour réguler, mais où sont les investissements massifs dans des champions européens ?

Mistral AI, notre licorne française, a levé 600 millions d’euros en décembre 2024. C’est dérisoire comparé aux montants américains. Et surtout, Mistral est déjà hébergé sur… Azure. Autrement dit, l’infrastructure appartient à Microsoft (Ca va changer, avec l’annonce d’un investissement énorme dans un data center en Suède)

Investissements IA : Europe vs États-Unis

Je me souviens des débats sur les premiers parcs éoliens dans les années 2010 : on nous vendait la transition énergétique, mais personne ne voulait des éoliennes dans son jardin. Aujourd’hui, c’est pareil avec l’IA : on veut la souveraineté numérique, mais on héberge nos modèles chez les géants américains.

Et demain ? Quatre scénarios pour OpenAI

Scénario 1 : Rachat par un autre géant

Apple, Amazon ou même Google pourraient racheter OpenAI pour s’offrir l’équipe et la technologie. Mais à quel prix ? Avec un burn rate d’environ 400 millions par mois et une valorisation d’environ 150 milliards de dollars lors de sa dernière levée fin 2024, l’équation financière devient compliquée.

Scénario 2 : Faillite ou restructuration
Si les revenus ne suivent pas (ChatGPT Plus à 20$/mois, API payante), OpenAI pourrait se retrouver en difficulté. Mais une faillite pure et simple semble peu probable. Les créanciers forceront plutôt une restructuration et une vente d’actifs.

Scénario 3 : Simple fournisseur d’API parmi d’autres
C’est le scénario le plus probable à court terme. OpenAI devient un acteur de niche, spécialisé dans certaines verticales (santé, éducation, recherche), mais perd sa position dominante grand public.

Scénario 4 (mon hypothèse) : Pivot vers l’AGI et les modèles spécialisés
Sam Altman répète depuis des mois que la mission d’OpenAI est de développer une AGI (Artificial General Intelligence) sûre et bénéfique pour l’humanité. Si ChatGPT est condamné à devenir un produit commoditisé, OpenAI pourrait se recentrer sur des modèles ultra-spécialisés (médecine, sciences, droit) où la barrière à l’entrée est plus élevée.

Ce que ça change pour les e-commerçants et les entreprises

Concrètement, qu’est-ce que ça signifie pour les entreprises qui ont intégré ChatGPT dans leurs process ?

Chez 410 Gone, on développe actuellement différents modules intégrant l’IA. On s’appuie sur l’API OpenAI, mais on a prévu dès le départ une architecture multi-modèles : possibilité de basculer sur Claude, Gemini ou Mistral en quelques clics.

C’est exactement ce que fait Microsoft en interne : diversifier les sources pour ne jamais dépendre d’un seul fournisseur.

Mon conseil aux e-commerçants et aux entreprises qui intègrent l’IA :
Ne misez pas tout sur un seul modèle. L’écosystème évolue trop vite.
Privilégiez les solutions open source quand c’est possible. Llama, Mistral, ou d’autres modèles ouverts offrent une autonomie bien plus grande.
Testez plusieurs API en parallèle. Les prix baissent, les performances s’améliorent, et un modèle performant aujourd’hui peut être obsolète dans six mois.
Anticipez les coûts réels. L’IA générative coûte cher en calcul. Si votre volume explose, l’addition peut vite devenir salée.

Conclusion : l’ère des partenariats stratégiques est finie

Ce que Microsoft nous montre, c’est la fin d’une illusion : celle des partenariats stratégiques équilibrés dans la tech.

Les géants américains ne collaborent pas. Ils achètent du temps, de la technologie, des équipes… puis ils internalisent. C’est ce qu’a fait Google avec Android (Android Inc. racheté en 2005, avant même le lancement public du système), Facebook avec Instagram (2012) et WhatsApp (2014), Amazon avec Whole Foods (2017).

OpenAI a créé le marché de l’IA générative grand public. Mais sans barrière à l’entrée solide, sans contrôle de l’infrastructure, et sans modèle économique rentable à court terme, l’entreprise risque de devenir une simple ligne sur le CV de Sam Altman.

Microsoft, lui, contrôle toute la chaîne : les puces, les datacenters, les modèles et surtout la distribution. C’est cette maîtrise end-to-end qui fera la différence dans les années qui viennent.

Et l’Europe ? On continuera à réguler pendant que d’autres construisent. À moins qu’on ne décide enfin d’investir massivement dans notre souveraineté technologique. Pas en paroles, en actes.

Qu’en pensez-vous ? Microsoft a-t-il raison de se détacher d’OpenAI ? Et surtout, comment l’Europe peut-elle éviter de devenir un simple marché pour les géants américains de l’IA ?

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